Entre le ciel et l'enfer

Akira Kurosawa · 1963

Publié le 1er février 2026

Entre le ciel et l'enfer, Akira Kurosawa (1963)

C'était mon second visionnage d'Entre le ciel et l'enfer, et cette fois-ci, c'était en salle de cinéma. J'avais adoré découvrir ce film, raison pour laquelle il était logique d'aller le revoir en salle.

J'ai, en effet, beaucoup aimé ce film, pour des raisons qui ont déjà été décrites de mille façons, et d'une manière sans doute meilleure que la mienne. Il s'agit ici d'apporter un point de vue uniquement personnel.

Si je devais parler des acteurs, je parlerais de la performance de Toshirô Mifune et de Tsutomu Yamazaki.

Toute la première partie du film est justement centrée sur le personnage de Kingo Gondo, interprété par Mifune. Ce dernier joue un personnage assez odieux qui connaît un dilemme moral important : soit il sauve le fils de son chauffeur qui a été kidnappé, soit il sauve financièrement sa famille en ne payant pas la rançon demandée.

Toshirô Mifune incarnant Kingo Gondo dans Entre le ciel et l'enfer

Mifune joue remarquablement bien un personnage qui va être tourmenté par ce dilemme. Plus que ça, il joue à la perfection un personnage qui va lentement se transformer en un fantôme de lui-même.

Il est inconcevable pour Gondo, un homme d'affaires avide d'argent, un vrai requin, de payer une somme d'argent aussi folle pour sauver la vie du fils de son chauffeur. C'est avec des regards simples, une prise de parole réduite, et sa lente disparition à l'écran que l'on comprend parfaitement qu'il était dans l'obligation de payer la rançon malgré son souhait le plus profond de ne pas le faire.

Gondo va lentement disparaître de l'écran et le ravisseur va commencer à se dévoiler. La prestation de Tsutomu Yamazaki, qui l'interprète, est impressionnante.

À travers la scène finale du film, on comprend exactement ce que Kurosawa et l'acteur voulaient nous faire ressentir. Le ravisseur n'est qu'un humain qui a peur, qui a fait des erreurs, qui a détruit la vie de Gondo, d'un riche, mais qui a aussi détruit la vie de personnes qu'il ne déteste pas. Le ravisseur a beau dire qu'il n'a aucun regret, on sait qu’il a peur et on ne peut s'empêcher de ressentir de l'empathie pour celui-ci, avec ses mains tremblantes, la panique qui commence à prendre le dessus...

Tsutomu Yamazaki interprétant le ravisseur dans Entre le ciel et l'enfer

Outre la prestation des acteurs, Entre le ciel et l'enfer a la qualité folle de positionner minutieusement tous ses personnages dans de grands décors. C'est ce qui m'a le plus impressionné.

Le déplacement et l'immobilité des personnages ont un sens très précis, qu'ils aient les bras croisés, le regard fuyant, qu'ils soient de dos ou de face à la caméra. J’ai rarement vu des scènes aussi travaillées, avec souvent l’impression de voir une pièce de théâtre.

Pour illustrer, une image vaut mieux que mille mots.

Mise en scène géométrique et positionnement des acteurs dans Entre le ciel et l'enfer

Pour terminer, j'aimerais aussi évoquer un sentiment qui m'a traversé l'esprit tout le long de l'enquête policière pour retrouver le ravisseur. J'avais cette impression que l'enquête, et surtout, la volonté de piéger le ravisseur pour qu'il puisse encourir une peine capitale, n'avaient que pour objectif de “sauver” la dignité de Gondo et tant pis pour le ravisseur qui ne mérite que ça.

L'enquête n'a pas pour objectif de trouver et de mettre en prison le coupable. L'objectif est de retrouver l'argent de la rançon (qui sera retrouvé) et de tuer le ravisseur uniquement dans le but de réparer les dommages subis par Gondo.

Gondo retrouve son argent et sa dignité tandis que le ravisseur, coincé dans l'enfer de la pauvreté, mériterait sa peine et sa mort.

Finalement, les riches sont des riches, ils resteront riches et tout est fait pour les aider. Les pauvres sont des pauvres, qu'ils restent ainsi ou qu'ils meurent.